27.4.08

Dis Fabrice : Comment passe-t-on de l’antisionisme actif au philosionisme passif ?


Après une campagne de démobilisation des militants nationaux orchestrée via les « nationalistes-contre-le-pen » au moment de la présidentielle de 2007, puis une autre campagne d’hystérie anti-FN d’une rare violence lors des dernières municipales, à Nice notamment, voila que la mouvance identitaire, canal officiel, vient de nous annoncer que « Le Pen est mort ». Sous les signatures de Denis Parest et Marie Duvell pour Novopress Breizh, un article en date du 25 avril, appelle ouvertement à enterrer politiquement le chef de file du Front National, Jean-Marie Le Pen, au lendemain de la pitoyable polémique sur le « Détail », faisant suite à un article litigieux publié dans la revue Bretons.

Novopress, qui se veut être une référence, publie ainsi un article tout à fait dans l’esprit de dénigrement propre au MNR de Mégret et qui trahit en fait une approche revancharde et une frustration intellectuelle et politique évidente de la part de ses auteurs. Sans doute que la Nantaise Laurence D. (Marie Duvell), amie de Louis-Armand de Béjarry, entendue dans l’affaire Dermouche en 2005 et proche d’Adsav (mouvement eurorégionaliste breton pro-Sniper, parce que ce groupe de rap crache sur la France - sic !) s’ennuyait un peu trop avec son blog feminanovo… ! Adsav dont le dirigeant, jusqu'au récent congrès (il y a un mois ou deux), était un ancien communiste passé à l'autonomisme breton et dont le principal fait d'arme fut d'avoir plastiqué le château de Versailles.

N’en doutons pas, cet article de Novopress n’est pas fortuit, ce n’est pas un accident éditorial, ni une bévue, il a été bien préparé, lu et relu et surtout approuvé par celui qui dirige tout derrière l’appellation Novopress : Fabrice Robert.

Virus de la respectabilité

Or, c’est avec beaucoup d’étonnement et de multiples interrogations que nous nous apercevons que Fabrice Robert, militant de la cause nationaliste depuis plusieurs décennies maintenant, se pause désormais en très opportuniste donneuse de leçons bien-pensantes. Nous sommes d’autant plus étonnés et interrogatifs que nous connaissons Fabrice depuis de nombreuses années. Il a été de tous les combats de la mouvance radicale nationaliste en France, parfois au risque de se voir lourdement réprimé, au risque de son confort social, de sa liberté et, sans doute, de sa santé. Bien que nous n’ayons pas toujours partagé ses choix et certains de ses engagements, Fabrice a toujours été à nos yeux un combattant, volontaire, courageux, qui ne s’est jamais renié, du moins à notre connaissance. Bien loin d’un Touzé qui, toute honte bue, croit désormais avoir le droit de s’en prendre bassement à Jean-Marie Le Pen et aux militants frontistes.

Mais, Fabrice serait-il atteint de progéria intellectuelle l’amenant à devenir sénile avant l’âge, ou encore de la maladie d’Alzheimer ou plus simplement du virus de la respectabilité qui fait parfois des ravages dans nos milieux ?

Pour tenter de répondre à cette délicate question, il est sans doute nécessaire de rappeler certaines choses concernant Fabrice Robert car, à l’évidence, comme le soulignait le chercheur Nicolas Lebourg, auteur d’une étude universitaire sur la mouvance nationaliste révolutionnaire en France, « l’évolution est grande depuis le temps où Fabrice Robert distribuait dans les banlieues des tracts négationnistes rédigés en arabe, ou, avec des militants tout à la fois maghrébins et communistes, contre la Guerre du Golfe ». À l’époque, les NR [nationalistes-révolutionnaires] considéraient que « des rapprochements/collaborations avec des cercles arabes ou musulmans anti-impérialistes (a priori les futurs facteurs de déstabilisation du Système) sont probables et souhaitables. Dans ce cas, on insistera sur un discours ethnodifférencialiste » (Le Banquet, n°19, 2004/1).

Crise d’identité des Identitaires

Après être un temps passé par le FN, avoir été élu conseiller municipal FN à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Fabrice s’est rangé du côté de la tendance radicale du nationalisme en France.

En 1991, la mouvance NR-Troisième Voie s’éclate. Restant dans cette mouvance, Fabrice Robert, auteur d'une maîtrise obtenue à l'université Sophia-Antipolis (Nice) intitulée La diffusion de l'idéal identitaire à travers la musique contemporaine, choisit sa voie qui est loin d’être modérée, comme en témoigne son interpellation par la police pour avoir prétendument barbouillé des slogans négationnistes devant des lycées niçois : « Faurisson a raison, chambres à gaz = bidon ». Il fait lui-même partie du groupe musical Fraction Hexagone dont les chansons désignent comme cibles les « cosmopolites, les sionistes, les yankees, les lobbies, les médias, les élus ». Mais Fabrice est encore jeune, donc idéaliste, exalté, en bref révolutionnaire. Les années passent, il s’assagit mais ses idées restent. Il devient un temps membre du conseil national du MNR de Bruno Mégret, mais c’est en fédérant certains activistes au sein d’Unité radicale (UR) qu’il se fait le mieux remarquer comme organisateur. Il est désormais incontournable et, malgré la dissolution abusive d’UR, poursuit son combat en créant le Bloc identitaire et l’ensemble de la mouvance s’y attenant. Aussi, voit-il dans la permanence du FN sur la scène politique française (malgré la scission Mégret), un obstacle potentiel. De là à changer de prisme analytique dans le combat politique, il n’y a qu’un pas, vite franchit au lendemain du 11 septembre 2001.

La crise d’identité intellectuelle que connaissent Fabrice Robert et sa mouvance se développe sérieusement au lendemain du 9/11 : de « ni keffieh, ni kippa », les ID en viennent progressivement à prendre fait et cause pour la kippa. L’ennemi est désormais l’islam, dans le plus pur suivisme des écrits de Guillaume Faye et des appels à la guerre civile de Pierre Vial, quitte à glisser progressivement vers les délires de Dantec ou, pire, ceux de Finkielkraut ! Mais cela cause quelques remous au sein de la mouvance identitaire qui se développe bon an mal an dans l’hexagone, en marge du FN. En témoigne le texte vengeur d’Anne Kling en date du 5 juillet 2007 sur son blog : « J’ai appris que certains qui se prétendent identitaires avaient craint de me recevoir pour présenter mon livre La France LICRAtisée. Bon. Ils auraient estimé que le bouquin n’était pas bon et n’attirerait personne, j’aurais admis. Après tout, c’était leur droit. Mais la raison est tout autre, et pour tout dire, elle m’inquiète beaucoup. En gros, c’est : « on a de bons rapports avec la communauté juive, on ne veut pas d’histoires, etc, etc. Vous avez compris, pas la peine de vous faire un dessin. Ne pas faire 3% aux élections et déjà s’engager dans une démarche de pseudo respectabilité, je trouve ça navrant. Et surtout inquiétant pour l’avenir. C’est quand même trop facile de confondre causes et conséquences. De taper sans arrêt sur les immigrés et de faire volontairement le black out sur ceux qui leur ont ouvert les portes. Parce qu’ils sont forts, puissants et qu’on préfère ne pas leur chercher noise. Parce qu’ils font peur, en un mot comme en cent». Et de qualifier les ID d’idiots utiles, insulte suprême ! Réponse immédiate de Fabrice Robert, par courriel en date du 5 juillet 2007 à 23h03 et 09’’ : « Ne plus parler d'Anne kling sur Novo jusqu'à nouvel ordre ! » Depuis la prose d’Anne Kling a disparu, la consigne de Robert levée, les cicatrices se sont refermées de part et d’autre et tout semble être rentrée dans l’ordre, si l’on peut dire.

Inutile rapprochement philosioniste

Sauf qu’à la dernière convention des identitaires à Beaune (Bourgogne), des choix essentiels ont été faits pour poursuivre le développement de la mouvance. Des choix qui ont fait croire, un temps, à Touzé et Hélie, qu’ils pouvaient manipuler à souhait les ID pour leur propre compte. Des choix qui ont amené à la formation de listes « nationalistes et identitaires » lors des dernières municipales avec des résultats plus que médiocres. Des choix qui renforcent les contradictions qui sont apparues depuis fin 2001 et qui ont amenés certains identitaires, comme à Nice, à vouloir se rapprocher des ultras du sionisme de la Ligue de défense juive (LDJ) aux dernières municipales. Un rapprochement que la direction de la LDJ a tôt fait de considérer comme abusif. Un rapprochement sans doute motivé par un communiqué de l’organisation juive en date du 25 novembre dernier : « Félicitations à Novopress ! Pour avoir repris l'article du Parisien du 21 novembre sur les tensions antisémites au cœur du 10e arrondissement de Paris ».

Est-ce donc ce « rapprochement », tant espéré par certains, qui aurait éventuellement stimulé Fabrice Robert à tirer à vue d’une manière assurément déloyale, sur le président du Front National, Jean-Marie Le Pen ? Si tel était le cas, Fabrice, pourtant militant en principe politiquement formé depuis longtemps, serait bien naïf de croire qu’une telle compromission, fusse-t-elle « stratégique » et « momentanée », saurait faire oublier le fait qu’il est classé, lui et les siens, depuis longtemps par NOS ennemis, ceux du Système, dans le camp des irrécupérables, des affreux, des éternels diabolisés, de ceux qu’il faut abattre.

En fait, avec la publication de cet article odieux contre Jean-Marie Le Pen, une certaine extrême droite renoue avec l’ambiance particulièrement délétère qui régnait au sein de la mouvance nationale, il y a trente ans au cœur des années 1970, lorsque le PFN et ses satellites s’en prenaient verbalement à François Duprat, qui dénonçait leurs sales magouilles avec le régime giscardien… quelques mois seulement avant l’attentat non élucidé qui allait causer sa mort brutale.

Marcel BIBE

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Eh bien vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère !
Bien que me sentant plus proche des Identitaires que du FN sur un certain nombre de points, je préfère ce dernier pour son pragmatisme et son assise.
Je me posais un certain nombre de questions sur les Identitaires depuis un bon moment déjà.
Merci d'y avoir répondu.

HerbeDeProvence a dit…

Par contre une seule phrase pour dénigrer inutilement le MNR qui pourtant a soutenu jean marie le pen me reste incompréhensible..

Anonyme a dit…

Eh bien on ne peut dire que merci à Jacques Vassieux d'avoir fait sortir le loup du bois! Cet article repond à pas mal de questions que tout nationaliste véritable a du se poser au cours de ces dernières années à propos de la mouvance identitaire! Je m'étais litteralement fait insulter, le long de certains fils de commentaires, pour avoir denoncé certaines prises de position anti-nationales... Seulement là ou un esprit eclairé devine, il y a toujours, pas très loin, un esprit documenté qui prouve et c'est là la première qualité de cet article! L'avantage de la trahison des identitaires, c'est qu'elle va donner lieu a un éclaircissement dans l'arborescence nationaliste, les branches pourries vont tomber....

Jacques vient de sortir la tronçonneuse.....

Anonyme a dit…

http://intransigeants.wordpress.com/2008/04/26/les-identitaires-fermez-vos-gueules/

berger49 a dit…

cher Marcel BIRBE,
j'aime bien ce que vous avez écrit. Merci de ces intéressantes précisions. Si je puis me permettre un conseil, vérifiez l'orthographe avant de publier. Amicalement, berger49.

Moreno Herrero Jérôme a dit…

Une excellente analyse synthétique sur la mouvance "Identitaire" et le parcours cahotant de Fabrice Robert. Je l'ajouterai sur mon blog en mentionnant la source et l'auteur de l'article, qui d'ailleurs avait rédigé un remarquable compte rendu sur le lancement de la Nouvelle Droite Populaire (NDP) le 1er juin 2008 à Paris.