11.6.08

Pouvoir d’achat : les Français pessimistes… et réalistes

Un sondage BVA paru mardi démontre une nouvelle fois le manque de confiance des Français dans la capacité de ce gouvernement à relever les défis d’une mondialisation qui les appauvrit. Ils sont ainsi 77% à se déclarer « moins confiants » en l'avenir de la situation économique de la France, et 86% à se montrer « pessimistes à l'égard du pouvoir d'achat ». L'indice de confiance des Français en l'avenir de la situation économique de la France s'établit à -63 en juin, chutant de 11 points par rapport à mai. La volonté du gouvernement d’augmenter le nombre de grandes surfaces, sous le prétexte de favoriser la concurrence et de faire baisser les prix, ne convainc pas non plus nos compatriotes. 33% des sondés considèrent que ce dispositif, prévu dans la loi de modernisation de l’économie, n’aura « pas de conséquence du tout » sur les prix, 34% qu’il aura des « conséquences négatives », 27% seulement des « conséquences positives ». Les Français ont compris que le feu vert donné à la libre installation de grande surface de moins de 1000 m2 , censé faciliter le développement des « hard discount », est avant tout un cadeau fait au lobby de la grande distribution, les grandes enseignes ayant développé leur propre réseau de magasins dits à prix réduit. Une décision qui aura surtout pour effet de parachever la disparition des petits commerces de centre-ville – un million d’emploi disparus en quelques décennies – sans faire baisser significativement dans le même temps le coût du panier de la ménagère. Nous l’évoquions le mois dernier, les produits de grande consommation, qui représentent 17% de la consommation des ménages, ont augmenté de 5,7% dans les hypermarchés et de 4,9% dans les supermarchés en un an. Mathieu Kaiser, de BNP Paribas, soulignait de son côté que « les comportements de marge dans les secteurs de l'énergie, de l'industrie agro-alimentaire et de la distribution devraient empêcher l'inflation de refluer très rapidement » (FDA Quotidien du 16/05/2008).

Profits abusifs ?

Interrogés sur le prix du carburant par cette même enquête d’opinion, 64% des personnes sondées souhaitent une baisse des taxes prélevées par l'Etat sur les carburants comme la TVA ou la TIPP, 52% jugent que l'instauration d'un prélèvement sur les bénéfices de Total serait « efficace pour limiter la hausse du prix de l'essence ». Sous la pression du gouvernement, Total qui a réalisé en 2007 12 milliards d’euros de bénéfice, vient d’annoncer qu’il versera cette année 102 millions d'euros pour contribuer une nouvelle fois au financement de la « prime à la cuve de fioul » destinée aux foyers non imposables. Une prime passée en janvier dernier de 75 à 150 euros annuels. Christophe de Margerie, patron de Total a annoncé lundi qu’il « (réfléchissait) avec le gouvernement à son augmentation (jusqu'à 200 euros) ». Toujours dans le domaine du carburant, l’association de défense des consommateurs UFC-Que choisir a mis en exergue « la lourde responsabilité des compagnies pétrolières » dans l’augmentation du prix du diesel. Le 5 juin l’UFC a relevé que « sur un litre de diesel vendu, la marge de raffinage représente en mai 15,7 centimes. Elle se portait à 6,4 centimes en janvier 2008, 6,0 centimes en 2007 et 2,5 centimes en 1998. A elle seule, l'augmentation de la marge de raffinage explique près de la moitié (47 %) de l'augmentation du prix du diesel depuis le mois de janvier. Cette marge, qui mesure la rémunération du raffineur pour ses coûts et ses profits, a donc été multipliée par 2,4 en 4 mois et par plus de 6 en dix ans ! (…) En n'investissant pas dans le raffinage, ces compagnies pétrolières ont créé un mécanisme de rationnement qui fait exploser leur profit sur ce segment et qui fait flamber le prix pour les consommateurs. Les perspectives sont peu engageantes puisque les investissements à venir concernent surtout des mises aux normes et non des créations de capacités nouvelles ». L'UFC-Que Choisir a donc demandé au gouvernement « qu'à l'occasion de la présidence française de l'Union européenne, soit posée la question d'une relance, s'il le faut contraignante, des investissements dans le raffinage européen. Enfin, il va de soi que les profits abusifs réalisés sur le raffinage du diesel ne font que justifier plus encore la pertinence d'une contribution exceptionnelle des compagnies pétrolières ».

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